Révolte stériles vs révoltes utiles
Jean-Daniel Ruch · 2026-11-01

Le 25 octobre, après deux ans de manifestations estudiantines, les Serbes choisissaient de tourner la page Vucic.
Pourquoi c'est important
➠ Durant ses 14 ans au pouvoir, le caudillo des Balkans du Nord, Alexandre Vucic, avait concentré entre ses mains toutes les manettes de l'État et de la société : médias, économie, appareil étatique. Sa défaite dans les urnes constitue l'issue d'une mobilisation populaire pacifique sans précédent.
➠ Vucic était perçu comme le pivot de la stabilité des Balkans. Les Européens comptaient sur lui pour museler les tentations sécessionnistes des Serbes de Bosnie, mais aussi pour empêcher un retour de la violence au Kosovo.
➠ Les étudiants serbes offrent un exemple qui ferait bien d'inspirer la jeunesse ouest-européenne, à commencer par la française. Grâce à une discipline sans faille, les manifestations, qui ont réuni jusqu'à 300 000 personnes à Belgrade, se sont presque toujours déroulées sans violence. Les revendications ne se limitaient pas à demander plus d'argent pour l'éducation comme en France. Elles exigeaient de vraies réformes de l'État, à commencer par la fin d'un système jugé corrompu jusqu'à la moelle.
Bon à savoir
➠ Le mouvement a commencé en novembre 2024 après l'effondrement de l'auvent de la gare de Novi Sad, la deuxième plus grande ville de Serbie. Seize personnes sont mortes. Les manifestants accusaient l'État d'être responsable du drame à cause de la corruption endémique qui régnerait dans le pays.
➠ Vucic a donné l'impression de céder à cette pression estudiantine lorsqu'il a annoncé la convocation des élections. En réalité, il espérait les remporter et conserver le pouvoir comme premier ministre étant donné que la Constitution lui interdit de se représenter aux présidentielles de 2027.
➠ Preuve de maturité démocratique, Vucic a très rapidement concédé sa défaite. Cet acte contraste avec les réactions de Trump en 2020 ou de Bolsonaro cette semaine au Brésil.
À suivre
➠ Une chose est de remporter des élections, une autre est de gouverner. Les vainqueurs des élections n'ont personne dans leurs rangs qui ait l'expérience de l'exécutif. Or, l'armée et les services secrets sont connus comme formant un véritable État dans l'État. Comment en prendre le contrôle effectif ?
➠ Quel sera l'impact sur le Kosovo ? Les vainqueurs ont jusqu'ici maintenu une ligne dure : le Kosovo est une partie inaliénable de la Serbie.
➠ Les relations avec la Russie seront-elles revisitées ? Vucic était proche de Moscou. La Serbie, pour accélérer son adhésion à l'UE, va-t-elle désormais reprendre les sanctions contre Moscou ?
NB : L'autre caudillo des Balkans, du Sud cette fois, Edi Rama, Premier ministre d'Albanie depuis 2013, exclut lui la convocation d'élections anticipées. Les étudiants les exigent depuis mai 2026 pour des raisons similaires à celles de leurs cousins serbes.