Et l'environnement, bordel !
Jean-Daniel Ruch · 2026-10-25

Article publié le 22. 10.26 dans le Quotidien jurassien :
Le 19 octobre s'est ouverte à Erevan, en Arménie, la Conférence des parties à la Convention sur la diversité biologique (COP 17). Celle-ci a été adoptée en 1992 et fixe trois objectifs : la conservation des gènes, des espèces et des écosystèmes, leur utilisation durable et la répartition équitable des gains et des technologies issus de l'utilisation des ressources génétiques.
Pourquoi c'est important
La perte de diversité a un impact économique direct, notamment sur la production alimentaire. Par exemple, 200 millions d'emplois dépendent de la pêche ou de la pisciculture, tandis que la diminution des insectes et oiseaux pollinisateurs pourrait affecter un cinquième des récoltes mondiales, pour un montant de 500 milliards.
Cent nonante-cinq pays sont représentés à la Conférence, ainsi que de nombreuses organisations non gouvernementales et entreprises privées. Près de 15 000 personnes sont attendues au total, ce qui en fait la plus grande réunion consacrée à la biodiversité à ce jour.
Les buts fixés en 1992 n'ont pas été atteints, notamment celui qui fixait à 30 % les surfaces terrestres et les zones océaniques devant être protégées. L'ONU, très critique, estime que « le monde mène une guerre contre la nature ».
Bon à savoir
Le WWF évalue à 73 % le déclin des espèces sauvages au cours des cinquante dernières années. Un quart des règnes animal et végétal serait menacé, 23 % des mammifères et 36 % des animaux marins.
L'enjeu principal de la COP 17 tourne autour des subventions aux pays en développement. La réunion précédente a fixé à 30 milliards les montants à redistribuer vers ceux-ci annuellement. Elle a aussi appelé à rediriger 500 milliards d'investissements dans des industries polluantes comme le pétrole. On en est loin. Le secrétaire général de l'ONU, présent à Erevan, a fustigé les États qui « subventionnent le suicide ».
Le 16 octobre a eu lieu une réunion au niveau des chefs d'État et de gouvernement. Seuls cinq d'entre eux étaient présents, soit ceux d'Arménie, de l'Iran, du Kazakhstan, de Kirghizie et du Turkménistan. Cette désaffection traduit le peu d'importance attachée par les dirigeants des grands pays à la biodiversité. Les questions environnementales n'arrivent qu'en 7e position des préoccupations mondiales, loin derrière les soucis économiques.
À suivre
Le secteur privé a pris conscience de son rôle. Cent trente entreprises, dont Nestlé, ont appelé les gouvernements à réaffecter 2600 milliards de dollars alloués maintenant à des activités nuisibles pour les écosystèmes.
On attend des multinationales qu'elles participent à un fonds en faveur des pays à faible revenu. Elles étaient censées y contribuer à hauteur de 1 milliard par an, mais seulement 6000 dollars (!) ont été versés jusqu'ici.
NB : Selon une étude de l'UBS, les questions environnementales sont la deuxième préoccupation principale des Suisses après les coûts de la santé.